jeudi, août 03, 2006

Une leçon bleue pour comprendre les SES

Voici un dossier documentaire concernant la couleur bleue. L'objectif est de faire connaître les sciences économiques et sociales qui est une matière nouvelle pour beaucoup. A travers l'exemple de la couleur, on peut montrer qu'en combinant les approches (historiques, politiques, économiques, sociologiques... et pourquoi physique ?), on peut être mieux à même de comprendre l'univers qui nous entoure. Avec le blog, les documents s'enrichissent par rapport aux polycopiés traditionnels. C'est ici la première partie qui est présentée: l'approche historique et politique.

I. Le bleu, quelle histoire !...

Doc 1. Le bleu dans l’antiquité

De fait, à Rome se vêtir de bleu est en général dévalorisant, excentrique (surtout sous la République et au début de l'Empire) ou bien signe de deuil.

Au reste, cette couleur, disgracieuse quand elle est claire, inquiétante quand elle est sombre, est souvent associée à la mort et aux enfers. Quant à avoir les yeux bleus, c'est presque une disgrâce physique. Chez la femme, c'est la marque d'une nature peu vertueuse ; chez l'homme, un trait efféminé, barbare ou ridicule. Et le théâtre, évidemment, se plaît à pousser de tels attributs jusqu'à la caricature. Térence, par exemple, associe à plusieurs reprises les yeux bleus aux cheveux roux et frisés, ou bien à la taille gigantesque ou à la corpulence adipeuse, tous signes dévalorisants pour les Romains de l'époque républicaine.

Voici comment il décrit un personnage ridicule dans sa comédie Hecyra, écrite vers 160 avant notre ère : « Un géant obèse, ayant les cheveux rouges et crépus, les yeux bleus et le visage pâle comme celui d’un cadavre ».

M. Pastoureau, Bleu, histoire d’une couleur, page 29, Seuil, 2000


Doc.2: un vase grecque

le bleu est absent de la céramique grecque: on voit clairement les couleurs dominantes utilisées: noir, blanc, ocre, rouge

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doc.3: la peinture romaine
Comme chez les Grecs, les tons bleus ne sont pas très présents dans la peinture romaine... à tel point que certains se demandèrent si les grecs et les romains voyaient le bleu !

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Doc. 4
. Le bleu au Moyen Age

À partir du XIIe siècle, en effet, les grands liturgistes1 (Honorius Augustodunensis, Rupert de Deutz, Hugues de Saint‑Victor, Jean d'Avranches, Jean Beleth) commencent à parler de plus en plus fréquemment des couleurs. Sur la signification des trois principales ils paraissent s'accorder : le blanc évoque la pureté et l'innocence; le noir, l'abstinence, la pénitence et l'affliction; le rouge, le sang versé par et pour le Christ, la Passion, le martyre, le sacrifice et l'amour divin. Ils diffèrent parfois sur les autres couleurs : le vert (couleur « moyenne »: medius color), le violet (sorte de « demi‑noir »: subniger, et non pas mélange de rouge et de bleu), accessoirement le gris et le jaune. Mais chez aucun de ces auteurs il n'est question de bleu. Le bleu n'existe pas.

1Ecrivains religieux

M. Pastoureau, op. cit. page 39



doc.5: le tournant du XII et XIIIe siècle.
Et puis, soudain, tout change. Les XIIe et XIIIe siècles vont réhabiliter et promouvoir le bleu. Ce qui se produit, c'est un changement profond des idées religieuses. Le Dieu des chrétiens devient en effet un dieu de lumière. Et la lumière est… bleue! Pour la première fois en Occident, on peint les ciels en bleu - auparavant, ils étaient noirs, rouges, blancs ou dorés. Plus encore, on est alors en pleine expansion du culte marial. Or la Vierge habite le ciel… Dans les images, à partir du XIIe siècle, on la revêt donc d'un manteau ou d'une robe bleus. La Vierge devient le principal agent de promotion du bleu. Etrange renversement! La couleur si longtemps barbare devient divine.

Source: M. Pastoureau, L'Express, 5 Juillet 2004
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Doc.6: le bleu devient à la mode aristocratique
Il y a une seconde raison à ce renversement: à cette époque, on est pris d'une vraie soif de classification, on veut hiérarchiser les individus, leur donner des signes d'identité, des codes de reconnaissance. Apparaissent les noms de famille, les armoiries, les insignes de fonction… Or, avec les trois couleurs traditionnelles de base (blanc, rouge, noir), les combinaisons sont limitées. Il en faut davantage pour refléter la diversité de la société. Le bleu, mais aussi le vert et le jaune, va en profiter. On passe ainsi d'un système à trois couleurs de base à un système à six couleurs. C'est ainsi que le bleu devient en quelque sorte le contraire du rouge. Si on avait dit ça à Aristote, cela l'aurait fait sourire!
Vers 1140, quand l'abbé Suger fait reconstruire l'église abbatiale de Saint-Denis, il veut mettre partout des couleurs pour dissiper les ténèbres, et notamment du bleu. On utilisera pour les vitraux un produit fort cher, le cafre (que l'on appellera bien plus tard le bleu de cobalt). De Saint-Denis ce bleu va se diffuser au Mans, puis à Vendôme et à Chartres, où il deviendra le célèbre bleu de Chartres.
La couleur, et particulièrement le bleu, est donc devenue un enjeu religieux. Les hommes d'Eglise sont de grands coloristes, avant les peintres et les teinturiers. Certains d'entre eux sont aussi des hommes de science, qui dissertent sur la couleur, font des expériences d'optique, s'interrogent sur le phénomène de l'arc-en-ciel… Ils sont profondément divisés sur ces questions: il y a des prélats «chromophiles», comme Suger, qui pense que la couleur est lumière, donc relevant du divin, et qui veut en mettre partout. Et des prélats «chromophobes», comme saint Bernard, abbé de Clairvaux, qui estime, lui, que la couleur est matière, donc vile et abominable, et qu'il faut en préserver l'Eglise, car elle pollue le lien que les moines et les fidèles entretiennent avec Dieu.

La physique moderne nous dit que la lumière est à la fois une onde et une particule. On n'en était pas si loin au XIIIe siècle…

Lumière ou matière… On le pressentait, en effet. La première assertion l'a largement emporté et, du coup, le bleu, divinisé, s'est répandu non seulement dans les vitraux et les œuvres d'art, mais aussi dans toute la société: puisque la Vierge s'habille de bleu, le roi de France le fait aussi. Philippe Auguste, puis son petit-fils Saint Louis seront les premiers à l'adopter (Charlemagne ne l'aurait pas fait pour un empire!). Les seigneurs, bien sûr, s'empressent de les imiter… En trois générations, le bleu devient à la mode aristocratique

Source: L'Express, 5 Juillet 2004
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on voit apparaitre le bleu comme symbole de la royauté. Il devient dans l'enluminure au XIIIe une couleur royale. Il est une couleur à la mode aristocratique, on mesure le changement avec les périodes précédentes...Avec la Réforme, le bleu sera un peu moins à la mode (les protestants apparaissent toujours vétus de noir ou de sombre. C'est au milieu du XV que les couleurs claires et lumineuses vont être remises au goût du jour. Puis, avec la période romantique, le Bleu sera La couleur par excellence (cf la souffrance du Jeune Werther en 1774 de Goethe a eu un impact considérable sur le vêtement: pendant des années, les jeunes vont porter le célèbre habit bleu avec des culottes jaunes que le héros avait lorsqu'il a rencontré sa dulcinée..)
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II. Le Bleu, quelle politique ?

Document 7. Les trois couleurs de la France Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

Dans ses mémoires La Fayette (mort en 1834) affirme que c’est lui qui eut l’idée, le 17 juillet 1789, à l’Hôtel de Ville, de faire fusionner en une seule formule tricolore la cocarde blanche du roi et les couleurs bleue et rouge des la Garde nationale, instituée quatre jours plus tôt pour maintenir l’ordre à Paris. [...]

Revenons aux lendemains de la prise de la Bastille et à l'été 1789 pendant lequel le succès de la cocarde tricolore, symbole d'un patriotisme enthousiaste, est foudroyant. On la voit partout, et ses trois couleurs s'étendent aux écharpes, aux ceintures, aux cravates, aux vêtements, aux insignes et aux drapeaux portés par les patriotes. Le 10 juin 1790, l'Assemblée constituante déclare la cocarde tricolore « nationale », et quelques semaines plus tard, le jour de la fête de la Fédération, le Champ‑de­Mars est entièrement pavoisé de bleu, de blanc et de rouge. Ce sont désormais « les trois couleurs de la Nation ».

Mais cette cocarde prend au fil des mois une signification de plus en plus politique. D'autant que les contre‑révolutionnaires lui opposent désormais la cocarde royale blanche, qu'ils vont installer jusqu'au sommet des arbres de la Liberté. Le 8 juillet 1792, l'Assemblée législative décrète que le port de la cocarde tricolore est obligatoire pour tous les hommes. La Convention prend la même décision pour les femmes le 21 septembre 1793. Etre pris sans cocarde vaut, dans le meilleur des cas, huit jours de prison, et dans le pire... Quiconque est surpris en train d’arracher une cocarde est immédiatement passée par les armes.

M. Pastoureau, op. cit. page 148-150

Combat de l'hôtel de ville de Paris, le 28 juillet 1830 par J.V. Schnetz.

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On peut voir le drapeau bleu, blanc, rouge au premier plan, mais aussi le drapeau rouge au second plan

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Le drapeau blanc semé de fleurs de lis d'or fut utilisé pendant le soulèvement de la Vendée par les Chouans.


Doc.8: quel parti pour quelle couleur ?

En France, il fut la couleur des républicains, s'opposant au blanc des monarchistes et au noir du parti clérical. Mais, petit à petit, il a glissé vers le centre, se laissant déborder sur sa gauche par le rouge socialiste puis communiste. Il a été chassé vers la droite en quelque sorte. Après la Première Guerre mondiale, il est devenu conservateur (c'est la Chambre bleu horizon). Il l'est encore aujourd'hui.

Source: L'Express, 7 juillet 2004

Quelle sera alors la prochaine couleur à la mode en 2007 ? Le Bleu ? Le Rouge ... ou le Blanc ?... Le vert ?....Le...

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Suite…

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